les cahiers de richard

extrait de la maîtresse au milieu

Mercredi 16 janvier, 7 heures, chambre de Julie, l’aurore au doigt de rose n’a pas encore heurté le volet.

Tout commence ici. C’est une chambre de jeune fille. Le papier peint bleu ciel est parsemé de petits nuages blancs. Les draps du lit évoquent le sable et la mer. Au mur, des affiches de parfums comme on en voit dans les magazines féminins ; on remarque aussi une image de la Calypso avant qu’elle ne rouille dans le port de La Rochelle. Sur le petit bureau un ordinateur semblant neuf parmi des jonchées de papiers, de cahiers et de livres, les uns ouverts, les autres non. La musique mielleuse vient d’un poste de radio aux formes arrondies analogue à ceux que certains jeunes promenaient, il y a peu, sur leurs épaules.

Julie frappe avec justesse le clavier d’un ordinateur.

Elle écrit.

Avertissement : Maman si tu ouvres ce fichier par hasard ou volontairement, tu dois savoir qu’il s’agit de mon journal intime et je te demande de le refermer.

Elle pense.

Le professeur de français parle souvent des journaux intimes des jeunes filles d’autrefois. J’aime cette idée, je vais profiter de ce cadeau de Noël pour en commencer un. En fait j’écris sur un clavier. Alors pourquoi dit-on «traitement de texte ?» N’a pas besoin d’être traité mon texte comme dirait Zazie.

Elle écrit.

Après plusieurs semaines de gel, le temps s’est soudain radouci. Hier matin, le merle a chanté.

Elle soupire.

Eh alors…

Elle écrit à nouveau, enfin, elle recopie...

Depuis les débuts de l’humanité, les hommes ont fréquenté le confluent de la Seine et de la Marne. De nombreuses traces de nos lointains ancêtres ont été retrouvées par les archéologues. Ce lieu mythique est aujourd’hui marqué par une pagode de béton, qui se révèle être un hôtel chinois, et quelques autres bâtisses industrielles moins exotiques mais d’une laideur tout aussi remarquable. Immédiatement au sud, en remontant le cours de la Seine, on entre dans le Port à l’Anglais.

Le Port à l’Anglais existe vraiment ainsi que l’avait constaté Marguerite Duras, auteure qui aimait ce quartier. Il paraît qu’au Moyen Age, aucun pont ne franchissant la Seine en ce lieu, un passeur y était installé, nommé Langlois, d’où le nom. Longtemps se fut une zone agricole dont la qualité de la terre était remarquable : alluvions enrichies des apports continus d’un fleuve encore à demi sauvage. L’industrie au XIXème siècle y fixa une population ouvrière portée aux actions révolutionnaires. C’était aussi un lieu de détente et jusqu’après la seconde guerre mondiale une plage de sable fin, des plongeoirs et des rangées de cabines de bain étaient fréquentés les dimanches d’été par des citadins avides de nature et de fraîcheur, venus du centre de Paris en tramway. On y organisait des régates, des courses d’aviron et des bals aux lampions.

Commentaire de l’auteur, omniscient puisqu’il est l’auteur

De tout cela il ne reste rien. Des rues tranquilles, des rangées de pavillons de banlieue construits par des victimes des emprunts russes, et habités désormais par des évadés de Paris. Voici le lieu de l’action qui se déroule en cette seule journée et met en scène l’aventure qui advint à Julie, à sa mère, à ses professeurs et à quelques autres personnes.

Elle pense.

C’est pas mal pour un début. Mais hier, il s’est passé quelque chose en classe de mathématiques dont je veux garder trace.

Elle écrit.

Chaque matin, je me rends à pied au lycée éloigné de moins de deux kilomètres de notre maison. Hier il pleuvait. C’est l’hiver et à 8 heures il fait encore nuit. Mal réveillés pour la majorité d’entre nous, nous commençons par le cours de mathématiques. J’aime bien les maths, des exercices où l’on ne se raconte pas d’histoires. C’est juste ou faux : pas d’angoisse. Lorsqu’on s’intéresse à une discipline pour une raison ou une autre, il est plus facile d’apprendre. Mais hier je me suis posé une question : pourquoi sommes-nous tous supposés aimer les maths le lundi matin à 8 heures ? Si c’était à midi demain que j’avais envie de résoudre des équations, juste après le cours d’anglais, je ne pourrais pas. De fait hier les amoureux du calcul étaient peu nombreux, on a bavardé et le prof nous a gueulé dessus.

Elle pense.

Dans les raisons de l’achat de cet ordinateur, il y avait aussi l’Internet. Lydia et Filippe m’ont raconté les «chats», des conversations avec des inconnus par machines interposées. J’ai, bien sûr, avancé l’argument des informations «en ligne», très utiles pour le travail scolaire. Comme le vendeur de ce grand magasin Corsaire était un lettré, ma mère fut convaincue. Il a montré comment on pouvait «accéder en ligne» à 80000 livres de la Bibliothèque nationale. Elle en a vu l’intérêt et calculé l’économie à réaliser.

Elle prétend savoir se servir d’un ordinateur mais j’ai des doutes. Heureusement que Charles, notre voisin, a bien voulu sacrifier un dimanche à l’installation du matériel. Il est resté dîner et elle lui a fait les yeux doux. Je sais aussi qu’elle ne s’est jamais servie d’Internet car son patron l’interdit.

Plus tard. Je continuerai plus tard. J’entends ma mère qui s’éveille. Inutile qu’elle me sache debout.

7 heures (encore), chambre de la mère de Julie

Le décor est scandinave pauvre : meubles en pin vernis couleur de miel. Un grand miroir augmente un peu la lumière de cette pièce faiblement éclairée.

Allongée sur le dos, Emilie, la mère, songe...

Je me fais du souci pour Julie, mais à qui en parler ? Pas à elle, pas tout de suite, elle va m’accuser de lui «mettre la pression». Elle a de bons résultats scolaires, mais elle n’en fait pas trop. C’est le portrait de son père. L’insouciance. Pour elle tout s’arrange avec le temps. Elle ne se rend pas compte qu’elle joue son destin. Si je lui dis qu’elle ne doit pas prendre le risque d’être secrétaire comme moi, un métier d’ailleurs menacé de disparition, elle me répond qu’elle n’a pas honte de mon boulot. Moi si. Comment lui faire comprendre qu’il faut se soucier de son avenir ? J’aimerais bien la voir dans une classe préparatoire. Elle est intelligente, avec plus de travail, elle réussirait. Oui, c’est cela, elle est intelligente mais trop paresseuse. Je me demande si l’ordinateur à Noël était une bonne idée. Elle ne s’en sert pas pour son travail. A dire vrai je ne sais même pas ce qu’elle en fait.

Béatrice a raison de dire qu’il faut faire plus d’exercices que ceux demandés par les profs. Elle est bien placée pour le savoir avec le mari qu’elle a... Je devrais imposer des exercices à Julie en lui demandant de travailler dans la salle à manger, le soir. Dans sa chambre, elle joue sur son ordinateur, aux cartes, je l’ai surprise hier, alors qu’elle ne voulait jamais jouer avec de vraies cartes. Dans le salon, elle regarde la télé. Comment peut-on faire les devoirs en regardant ces feuilletons stupides ? Enfin peut-être pas stupides mais mal placés dans les horaires. Voilà c’est ce qu’il faudrait faire. L’isoler devant moi pour qu’elle travaille. Mais oserais-je ? Et l’imposer à Julie c’est une autre paire de manches. Vraiment il faudrait un homme dans cette maison. Trop difficile d’élever les enfants, seule. Ils en profitent. Je devrais trouver un père de substitution qui ressemble, par exemple, à son prof de français. Il est bien celui-là. Il leur demande de lire un livre par mois et de faire une fiche de lecture.  Au moins il les fait travailler. Je pourrais lui en parler, c’est le prof principal. Il a son mot à dire. Comment s’appelle-t-il déjà ? Pas le souvenir, je demanderai à Julie.

Il est bel homme. Celui de l’année dernière avait un côté homosexuel marqué. D’ailleurs il est rare que les profs hommes aient comme lui un air vraiment viril. Je ne sais pas s’il est marié, s’il a des enfants. Il n’a pas d’alliance au doigt. Cela je l’ai remarqué, mais ça ne prouve rien.

On fait la queue debout dans ce couloir obscur pour rencontrer les profs. C’est un peu stupide, ils regardent les notes, essaient de se souvenir de l’enfant et disent quelques banalités de circonstance. Mais avec lui, c’est différent. Il m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit :

- Ainsi vous êtes la maman de Julie.

Il avait des choses à dire. Vraiment. Pas comme l’autre qui m’a fait un couplet sur la beauté des mathématiques ! Il est bel homme, le cheveu brun, costaud, le genre sportif. Il recevait les parents d’élèves en complet veston gris. Je n’ai pas vu les chaussures sous le bureau, mais je parie qu’elles étaient cirées. Quand on pense que la majorité des profs ont des jeans douteux, des chaussures et des pull-overs de week-ends. Pour qui se prennent-ils ? Ils veulent nous dire qu’ils sont mal payés ? Ou qu’ils supportent le fardeau d’accueillir ces cons de parents mais que le bricolage ou le plateau télé leur manquent. Oui, c’est sans doute une corvée pour eux.

Lui, attentionné, m’a raccompagné à la porte; je n’ai pas osé baisser les yeux sur les chaussures. Je crains de m’être comportée en midinette, gloussante et tout... Mais bon sang, comment s’appelle-t-il ? Je pourrais lui parler de Julie au sujet de son orientation. Lui, il doit savoir comment on entre dans un bon lycée. Je me suis fait avoir avec leur histoire de carte scolaire. Le fils du patron est parti dans un lycée parisien dès la seconde, en claquant des doigts. Il a des entrées, mais tout de même...

Oui, cela me plairait bien d’en parler avec cet enseignant de français.

Le patron, aussi, d’ailleurs il faudrait que je le voie, que je lui dise ce qui ne va pas. Il ne peut pas continuer à confondre son porte-monnaie et l’argent de la boîte. Enfin je pense à sa pin-up entretenue. Qu’est-ce qu’elle peut lui trouver au patron, cette fille, gras comme il est, ce ne peut être que le fric. C’est évident. Je lui dirais que m’occupant de la comptabilité (sans être comptable), je ne comprends pas tout mais que je me suis rendu compte de cela et que je ne veux pas être complice. Oui, je vais aller le trouver et lui dire cela. Sûr, je devrais le faire. Quelle idée aussi de s’enticher de cette gamine jusqu’à lui donner un poste bidon dans la société ! Les hommes sont incroyables surtout ceux qui ont du pouvoir, ils se croient tout permis. Un patron comme lui, dans une toute petite société, il a tout pouvoir. Alors pourquoi pas un harem ? Il a déjà deux anciennes dans la boîte et ramène celle-ci. Et je ne compte pas sa légitimée qui fait semblant de rien. Elle a raison d’ailleurs, elle entend profiter du fric et à son âge, la bagatelle... Elle préfère sans doute qu’il épuise ses ardeurs ailleurs. Mais pour la comptabilité, il faudrait tout de même avertir.

Oui mais la première chose à faire, c’est le prof de français. L’avenir de ma fille avant tout.

Ce réveil, ah ! Ce réveil ! Trop compliqué, il m’en faudrait un ancien, mécanique, à ressort.  Au petit déjeuner, je demande à Julie le nom de son prof de Français et je lui demande un rendez-vous.

7 heures (toujours), à Paris cette fois.

Ce cabinet n’est pas vraiment un lieu de travail, mais c’est tout de même un endroit propice à la méditation. Son propriétaire l’avait autrefois décoré de nombreuses affiches vaguement gauchistes dont le traditionnel portrait de Che Guevara que les jeunes filles d’aujourd’hui adorent. Depuis peu il l’a fait repeindre en jaune uni pour que sa pensée n’y soit plus distraite.

Assis sur le siège de ses toilettes, Alexandre Lamerth, professeur de sciences de l’éducation, pense à la journée qui s’annonce.

Il faudrait que je relise mes notes rapidement pendant le petit déjeuner. Même si j’ai tout en tête. Même dans un colloque de pédagogie, il y en aura bien un ou deux qui ont entendu parler de Jacotot. Pas plus, heureusement. Si je sens que le thème accroche, je devrais pouvoir lancer quelques travaux de recherche. Il faut avant tout faire sentir l’actualité. Celui qui prétendait qu’on n’avait pas besoin de profs va revenir à la mode avec la diffusion des cours sur Internet. Le e-learning que les adorateurs du dernier gadget à la mode l’appelle. Tout va bien tant que l’université contrôle. Mais il y aura dans la salle un ou deux marchands de savoir en ligne. Georges me l’a dit. En ajoutant que leur présence témoigne de notre ouverture d’esprit. Un ou deux sur 150, cela devrait aller. De toute façon, ils ne savent que vendre leurs salades. Pensent pas. Ne connaissent rien aux sciences cognitives. Moi non plus d’ailleurs. Je me demande si je parlerais de la biographie de Jacotot. Semble avoir été un étudiant précoce et brillant. Ça sert ma thèse. Il faudra mettre en avant ses côtés de gauche, sympathique personnage. Oui, c’est plus crédible. Les discours de ses détracteurs sont totalement dépassés. Bon sang, il est l’heure que je me lève. Petit déjeuner rapide, mais efforts sur la toilette. Je suppose que cette jolie étudiante de troisième cycle que j’ai invitée sera là. Même si elles ont parfois tendance à considérer qu’elles doivent se mettre bien avec leurs profs, ce n’est pas toujours tout cuit. Un colloque en province aurait tout de même été plus pratique pour faire connaissance.  Ah oui ! J’allais l’oublier.  Alexandre m’a dit que M... serait là. Il a écrit quelques lignes sur Jacotot. Mais bon, c’est une sommité. Un homme qui tutoie les ministres. Faut que je le cite.  Allez, debout, vite fait.

7 heures (toujours, toujours), chambre du professeur de mathématiques.

C’est une chambre à coucher de professeur de mathématiques qui ressemble à toutes les autres, sa description ne serait donc d’aucun intérêt.

Jacques paresse quelques instants sur son lit, il n’a pas encore ouvert les yeux...

Quelque chose m’a surpris hier matin dans la classe de 1ère B. Etait-ce l’heure matinale, la grisaille du temps ? La situation était plutôt inhabituelle. Je ne nie pas que leur intérêt pour les mathématiques fasse partie des figures imposées. Mais la marque du désintérêt est en général un silence endormi. Là ils se sont mis à bavarder si bas que le chuchotement était à peine distinct du silence. Peu après le brouhaha s’est amplifié selon cette vieille loi de l’effet cocktail qui oblige à couvrir le bruit des voisins et de proche en proche augmente le nombre de décibels jusqu’à atteindre celui produit par les insectes de la jungle amazonienne.

Je dus me rendre à l’évidence : ils ne s’intéressaient plus du tout à moi. Je parlais dans le désert. C’est alors que je me suis mis à hurler pour réclamer le silence. Ce n’était pas la solution idéale, seulement le fruit de l’ambiance et d’une impulsion irraisonnée face à ce manque de considération pour ma personne. Ne l’ayant jamais fait, je fus surpris du résultat. Ils me regardaient, étonnés. Certains avaient encore la tête à demi tournée vers leurs voisins. Le silence était total. Une image des cadavres de Pompéi figés dans un geste de la vie quotidienne me traversa l’esprit. Comme une fulgurance ! L’instant d’après, je cherchais désespérément que faire ou que dire. Comment rompre ce calme monolithique ?

On ne peut pas embrasser d’un regard attentif une trentaine de têtes sauf à avoir l’air de chercher quelqu’un. Dans ce cadre : un coupable. J’arrêtais le mouvement de mes yeux sur la petite rousse du premier rang, Julie, d’ordinaire si assidue. Elle est «douée pour les maths». Figée dans sa stupeur, la bouche entrouverte, elle me regardait d’un air dubitatif. Voyons, elle est pourtant très jolie, un visage comme illuminé de l’intérieur, une aquarelle. Elle n’est pas vraiment rousse, sa peau n’a pas ce blanc laiteux parsemé de tâches brunes, ses cheveux sont blond vénitien. Hier son chandail vert dissimulait ses seins et son jean moulait ses fesses. Cela lui donnait beaucoup d’allure. Elle a un air malicieux à craquer. Elle paraît beaucoup plus âgée qu’elle n’est.

Il me semble que mon esprit s’égare dans des zones dangereuses.

Je me demande d’ailleurs jusqu’où il serait possible d’entretenir une relation intellectuelle avec une élève quand on est un homme. Autrefois il y avait la crainte du scandale, maintenant, le moindre soupçon conduit au tribunal. Penser à une élève est un jeu dangereux pour l’esprit, penser à elle en tant que femme, on ne sait plus où on va. Peut-être serait-il possible d’échanger des lettres ? Evidemment c’est un peu ridicule lorsqu’on se voit plusieurs fois par semaine et les parents... Ou la mère, je me souviens bien d’elle, très jolie aussi la mère, j’ai essayé de la convaincre de la beauté des mathématiques. Elle m’a regardé comme un extraterrestre. Comme dragueur, je suis vraiment nul. Si je lui écris et que les parents ou la mère voient des enveloppes que vont-ils déduire ? À moins que... mais oui, comment n’y ai-je pas pensé ? Elle a peut-être accès à Internet. Si j’osais, je pourrais le lui demander, si l’occasion se présente…

Tout en la regardant, j’ai repris l’énoncé du théorème. Bientôt interrompu par la cloche salvatrice qui marquait la fin des cours.

Peut-être faudrait-il que je réfléchisse à ma manière d’enseigner les mathématiques ? Je me suis beaucoup reposé jusque-là sur l’obligation propre à ce pays d’être bons en maths si l’on ne veut pas se trouver éjecté hors de la voie royale. Mais les mathématiques ne valent-elles pas mieux que cela ? Quelle curiosité en ont-ils ? Et pourquoi ? Ou pourquoi pas ?

Aujourd’hui, il me faut écrire une liste de questions, cette après-midi après les cours et avant de corriger les copies. Mon thé doit être à bonne température désormais. J’adore le thé du petit déjeuner.

7 heures 30, la cuisine chez Julie

Julie contemple son bol de lait mélangé à cette étrange substance d’origine helvétique que la publicité présente comme de la dynamite. Sa mère tourne une tartine beurrée dans son café. Elle est habile, très peu de billes de graisse remontent à la surface. Quoi qu’en pense sa fille, c’est encore du café, pas du bouillon.

Elle se parlent sans se regarder.

- As-tu bien dormi ma fille ?

- Oh ! Oui, je me sens très en forme.

- Qu’est-ce que tu as comme cours ce matin, français ?

- Oh ! Non, maths, pas de français, c’est vraiment un jour de chance.

- Ah... et ... dis-moi, à propos, comment il s’appelle déjà, ton prof de français ?

- Monsieur Clovis de Quincy, si tu veux savoir. Monsieur entend nous initier à la philosophie pour l’an prochain.  Alors il nous a donné un devoir : «Comment les enfants apprennent-ils ?»

- C’est cela : Clovis de Quincy. Ça lui va bien, non ?

- Oui, tout à fait. Le bonhomme, le costume, le nom, le propos tout cela est assorti. Tout droit sorti d’un roman d’Agatha Christie. Hercule Poirot, quoi ?

- Dis-moi. Si - pour une raison ou une autre - , je ne dis pas que je vais le faire, mais si je voulais le contacter, en tant que professeur principal, comment je fais ?

- Tu envoies un e-mail, non je plaisante. Tu lui écris par la poste ou tu lui téléphones à la pause en salle des profs. Le numéro est dans l’annuaire. Ça ne se fait pas, mais je pense qu’il aimerait cela, venant de ta part. Bon, ma petite maman chérie, je suis désolée mais je dois filer car je ne tiens pas à être en retard au lycée.